Florence Nuytten

PathologiesMars 2026

Endométriose, symptômes et alimentation : que sait-on vraiment ?

Endométriose, symptômes et alimentation : que sait-on vraiment ?

Temps de lecture : 8 minutes

L'endométriose est une maladie inflammatoire chronique œstrogéno-dépendante qui touche environ 10 à 15 % des femmes en âge de procréer. Longtemps considérée comme une pathologie exclusivement gynécologique, elle est aujourd’hui reconnue comme une affection systémique, fréquemment associée à des douleurs chroniques, des troubles digestifs, une fatigue persistante et une altération marquée de la qualité de vie.

Plusieurs types de régimes alimentaires restrictifs sont souvent suivis par des patientes dans un objectif de réduction des symptômes, et ce, souvent en l'absence de tout encadrement professionnel. Une revue de littérature fait le point sur l'état actuel des connaissances scientifiques concernant le rôle que peut jouer l'alimentation sur l'endométriose et ses symptômes.

Les régimes restrictifs les plus fréquents

Il apparaît que les trois principaux types de régimes restrictifs suivis par les femmes atteintes d’endométriose sont :

  • Le régime sans gluten : les raisons étant que le gluten est couramment perçu comme pro-inflammatoire et déclencheur de symptômes digestifs.
  • Le régime sans produits laitiers : en raison de leur effet supposé sur les concentrations circulantes d’œstrogènes ou de leur teneur en acides gras saturés.
  • Les régimes dits « anti-inflammatoires » : qui peuvent regrouper de multiples pratiques restrictives (céréales raffinées, sucres, viandes, etc.).

Ce que dit la science : prudence et nuances

La revue de littérature met en lumière le fait que, si le suivi de ces types de régimes peut parfois reposer sur des hypothèses physiopathologiques plausibles, les bénéfices rapportés sont le plus souvent subjectifs et non spécifiques. À ce jour, aucun essai contrôlé randomisé n'a démontré que l'exclusion des produits laitiers pouvait entraîner une réduction significative et durable de la douleur.

En l'absence de preuves solides, la prescription de tels régimes restrictifs ne peut être recommandée et doit être abordée avec prudence, notamment en raison des potentiels risques associés :

  • Risques nutritionnels : carences en calcium et vitamine D (sans produits laitiers) ou en fibres et vitamines B (sans gluten).
  • Risques psychologiques : anxiété alimentaire et hausse du risque de perturbation des comportements alimentaires.

Vers des modèles alimentaires globaux et validés

A contrario, les modèles alimentaires globaux tels que le régime méditerranéen ou le régime DASH reposent sur des données solides. S’ils ne sont pas des traitements spécifiques de l'endométriose, ces modèles offrent des bénéfices indirects sur l'inflammation systémique et le bien-être général.

La coexistence avec le Syndrome de l'Intestin Irritable (SII)

Les données révèlent une coexistence fréquente de l'endométriose et du SII. Chez certaines patientes présentant des symptômes évocateurs d'un SII, des interventions nutritionnelles ciblées comme l'alimentation pauvre en FODMAP peuvent être proposées, à condition d'être mises en œuvre sur une durée limitée et sous encadrement professionnel.

Conclusion : l'importance de l'accompagnement

Aujourd'hui, aucun régime alimentaire ne peut être considéré comme un traitement spécifique de l'endométriose. Cette complexité souligne le rôle essentiel du diététicien dans l'accompagnement des femmes atteintes, pour une prise en charge sûre et individualisée.

Source : BARAUT, MC. » Nutrition and endometriosis: Evidence, limits and clinical perspectives. Clinical Nutrition ESPEN, 2026.

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